Yannick Simonin est Maître de Conférences et responsable du parcours de Master « infection biology » à la Faculté des Sciences de Montpellier, il anime le groupe de travail sur les virus émergents « Neuroinfection and EmeRging VirusEs » au sein de l’INSERM PCCEI.

 Dans le cadre du programme ARBOSUD – MUSE son groupe de recherche étudie la surveillance et la circulation de virus zoonotiques, notamment ceux transmis par des insectes vecteurs dans la région de Montpellier, mais aussi dans certains pays Africains, notamment au Burkina Faso.

Les zoonoses sont des maladies initialement transmises à l’homme par les animaux. On estime que plus de 75% des maladies émergentes sont d’origine zoonotiques. Elles représentent ainsi un vrai problème de santé publique, comme c’est le cas actuellement avec la pandémie COVID, dont le virus responsable, le SARS-CoV-2, est très probablement issu de chauves-souris, qui serait son réservoir naturel.

Parmi les zoonoses on distingue notamment les maladies à transmission vectorielle, c’est-à-dire des maladies transmises par des arthropodes hématophages (insectes effectuant des repas sanguins sur des hôtes vertébrés, c’est le cas par exemple des tiques ou des moustiques). On appelle ces maladies des arboviroses et les virus responsables sont des arbovirus. C’est le vas notamment des virus de la Dengue, du Chikungunya, ou encore Zika.

« Une maladie vectorielle est transmise par un vecteur, souvent un arthropode se nourrissant de sang, tel le moustique. En piquant une personne ou un animal infecté, il ingère les parasites, virus ou bactéries contenus dans le sang. Après un délai d’incubation de quelques jours, l’insecte contaminé peut transmettre l’agent pathogène à une personne saine à l’occasion d’une autre piqûre ».

L’origine de l’introduction d’une nouvelle maladie vectorielle peut être multiple. Pour certaines d’entre elles, comme la maladie à Virus West Nile (ou virus du Nil occidental) et son cousin le virus Usutu, les oiseaux migrateurs sont responsables de l’arrivée de ces virus en provenance d’Afrique. Puis l’Homme, mais aussi certains animaux de compagnie comme les chiens, les chevaux (ceux de Camargue notamment) peuvent être infectés par l’intermédiaire de moustiques s’étant contaminés en piquant les oiseaux malades. La région Occitanie est particulièrement exposée aux risques de propagation des maladies vectorielles de par son environnement géographique et sa forte densité urbaine. La région de la Camargue et son environnement sauvage qui accueillent de nombreuses espèces migratoires offrent un milieu idéal au développement des moustiques et par conséquent au risque d’apparition de maladies vectorielles. Ces maladies ont tendance à augmenter dans la région, mais aussi plus généralement dans le sud de la France et de l’Europe, d’où la nécessité de mettre en place des réseaux de surveillance locaux. Des cas d’infections au virus de la Dengue, mais aussi de West Nile, d’USUTU ou de Chikungunya ont ainsi été détecté en Occitane ces dernières années.

La lutte individuelle contre les moustiques est d’actualité dans notre région à l’approche des beaux jours. La vigilance doit être le réflexe de toutes et tous en suivant notamment les recommandations de l’EID méditerranée (entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen) qui préconise notamment d’éviter la présence d’eau stagnante à proximité de son domicile.

La surveillance de la circulation de ces arbovirus permettrait d’anticiper, voire de limiter l’émergence de nouvelles épidémies. Yannick Simonin et son équipe coopèrent notamment avec le zoo de Montpellier. En effet les parcs zoologiques s’avèrent être un laboratoire à ciel ouvert où l’on retrouve un échantillonnage d’espèces variées, sentinelles de la présence de nombreux virus dans notre région. Son groupe se concentre notamment sur la surveillance de 2 arbovirus émergeants : le virus West Nile et le virus Usutu. Ces 2 virus sont susceptibles d’impacter le système nerveux chez l’homme en atteignant le cerveau et en provoquant une inflammation potentiellement grave. Il est donc important de mieux connaitre leur circulation dans les régions les plus exposés. En collaboration avec le CIRAD son équipe vient de publier une étude surveillant la présence de ces virus dans notre région, non seulement chez l’Homme, mais aussi chez les vecteurs moustiques et différents animaux (chiens, chevaux, oiseaux). C’est ce qu’on appelle le concept « une seule santé » (One health en anglais), qui consiste à mettre en place une approche collaborative, multisectorielle et transdisciplinaire afin notamment d’anticiper le risque d’émergence de nouvelles maladies, sujet au combien important au regard de l’actualité récente….

Depuis la pandémie du COVID, le réflexe de surveillance a donc été déclenché… Et si le Covid n’était que l’arbre qui cache la forêt ?