Newsletter #8 Interview de Benoite De Saporta – Mois des femmes

Benoîte de Saporta : En mars, l’Université met les femmes à l’honneur.
Directrice du Département d’enseignement de Mathématiques à la Faculté des Sciences

Dernière mission avant le confinement, mais déjà avec masque !

Professeure titulaire en probabilités appliquées à l’Université de Montpellier depuis 2014, Benoîte de Saporta est membre de l’Institut Montpelliérain Alexander Grothendieck (IMAG). Ses recherches et intérêts se concentrent sur les probabilités appliquées (processus de Markov, contrôle stochastique, méthodes d’approximations numériques basée sur les simulations) avec des applications principalement en fiabilité dynamique (optimisation des dates et opérations de maintenance) et en dynamique des populations (asymétrie dans la division cellulaire, optimisation de traitement médical).

Elle est la Directrice du Département d’enseignement de Mathématiques à la Faculté des Sciences et nous lui avons demandé de nous parler de la place des filles dans les études de mathématiques, en règle générale :

BdS : En France, les filles sont plus souvent bachelières que les garçons : 86% des filles contre 76% des garçons obtiennent le bac. Cependant, ces chiffres cachent de grandes disparités entre les disciplines, qui s’accentuent pendant les études supérieures et la vie professionnelle. En 2017, il y avait 47% de femmes en Terminale S, 43% en Licence scientifique, 40% en Master scientifique. Cette érosion progressive porte le nom de « tuyau percé ». Elle est particulièrement visible en mathématiques : ces chiffres tombent à 28% de maîtresses de conférences et 12% de professeures des universités en maths (sections 25 et 26).

Et en ce qui concerne la Faculté des Sciences de Montpellier, les filles qui s’intéressent à cette discipline sont-elles plus nombreuses ?

BdS : Ce déséquilibre est également présent à la FdS. Il y avait en 2020 39% d’étudiantes en L3 maths, contre 24% en M2 maths. Le Département de Mathématiques est également très en dessous de la moyenne nationale avec 13% de femmes tous personnels confondus et seulement 4 enseignantes chercheuses (3 MCF (10%) et 1 PR (5%)).

 Et au niveau national, y a-t-il des différences ou des améliorations visibles ?

BdS : Ces chiffres s’améliorent un peu, mais très lentement : au niveau national on est passé de 20,8% d’enseignantes chercheuses en maths en 1998 à 22% en 2019. Le vrai changement depuis quelques années c’est qu’on en parle beaucoup plus. Des leviers existent pour lutter contre les stéréotypes de genre et les biais implicites et aller vers plus d’égalité :

       Encourager les filles à faire des études en sciences
       Faire connaître les femmes scientifiques
       Utiliser des supports de communications sans stéréotypes, des fiches d’exercices aux supports institutionnels :
http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/guide_pour_une_communication_publique_sans_stereotype_de_sexe_vf_2016_11_02.compressed.pdf

       Prendre consciences de ses propres biais implicites :
  https://implicit.harvard.edu/implicit/takeatest.html

       Développer les réseaux de femmes et le mentorat
       Promouvoir l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée
       Plus généralement, voir la liste des recommandations du projetGender gap in Science : https://gender-gap-in-science.org/project-book-booklet/

*Avertissement : Les 2 derniers liens vous dirigeront vers des sites en anglais et vous devrez peut-être vous identifier pour accéder aux articles.

En conclusion, si mars est mois où les questions de parité sont mises en avant, c’est tout au long de l’année qu’il faut agir pour renforcer l’attractivité des études et des carrières scientifiques pour les filles et les femmes pour aller vers plus d’égalité, synonyme de diversité, de richesse et de créativité.